La face nord
L’intensité d’une histoire d’amour n’est-elle pas proportionnelle au nombre des raisons qui la rendaient inconcevable ? Parce que le miracle fait son lit dans l’absurde. Parce que les obstacles qui se dressent et l’impossibilité présumée de les surmonter (la face nord) rendent la conquête inoubliable. Elle élève plutôt qu’elle n’épuise.
Au diable les années qui nous écrasent et les rides qui nous séparent, tel un infranchissable rift ; du rapprochement des âmes surgit ce sentiment qui semblait à jamais figé.
Charmant, intelligent, doux-amer par instant, ce roman regorge de malice et de maximes. Il me faudrait le relire pour toutes les répertorier. Je citerais seulement la suivante : « Les choses qu’on préfère sont illégales, immorales ou font grossir », illustrant ainsi la volonté de l’auteur de nager à contre-courant si la survie d’une pensée libre en dépend (voir aussi pages 37, 38, 65, 82, 100, 132), quitte à « faire parler son connard intérieur » et laisser l’humour absoudre l’impertinence.
Je retiendrai aussi le sens aiguisé de l’observation de l’auteur qui, en une phrase, parvient à résumer toute une vie de névroses (« Elle… avec ce ton à la fois enthousiaste et autoritaire des personnes élevées dans une famille nombreuse »).
Jean-Pierre Montal signe un beau numéro d’équilibriste, entre exigence et désinvolture.
Appréciation : 🌹🌹