Jean-luc et Jean-Claude
Sur l’échiquier de la société, Jean-Luc et Jean-Claude ne sont ni des pions ni des rois. Ils ont plutôt tendance à prendre la diagonale. Dès le début du roman, on sait qu’il leur manque une case et que la partie risque de mal se terminer. Mais l’auteure ne s’appesantit pas sur leur handicap. Elle s’intéresse davantage à leur parcours, à la pression qui monte, telle une bouteille de Coca-Cola secouée trop vite.
Yolande, la directrice du centre, avait de bonnes intentions. La sortie du mercredi leur fait beaucoup de bien (l’autorisation administrative page 111 vaut le détour) à condition d’en respecter les horaires imposés. Tant qu’ils maraudent à l’Intermarché ou qu’ils se payent un soda. Tant qu’ils ne sortent pas de l’enclos psychologique qu’on leur a installé.
L’un est sous tutelle, l’autre sous curatelle. Vu de l’extérieur, ce sont deux neuneus qu’on préfère éviter. Les prédateurs sont ailleurs, pourtant. Subtilement, Laurence Potte-Bonneville montre qu’au pays de la normalité, les retardés mentaux ne sont pas les plus à craindre.
C’est un bon premier roman. L’auteure a parfaitement exploité sa connaissance du milieu associatif et des plus démunis. Ses personnages sont mémorables (y compris le phoque !) et son récit tient en haleine (de très beaux passages, ex p29). Il a juste le défaut des premiers romans : une fin hésitante. Nous verrons si cette néo-romancière pourra écrire au-delà de son expérience de vie.
Bilan : 🌹🌹