L'enfant éternel

L'enfant éternel

De mémoire de lectrice, je n’ai jamais lu un texte qui parle de souffrance avec autant de sincérité et d’intelligence, qui plus est, de la souffrance d’une enfant rongée par la tumeur. Le sujet – le cheminement d’une maladie qui mène à la mort - est grave et délicat. Parce qu’il s’agit d’une autofiction, l’auteur aurait pu sombrer dans un abîme de sensiblerie. Il n’en est rien.

Digne, profond, réfléchi, bouleversant, les adjectifs font défaut pour qualifier la beauté et l’intensité de ce texte. Je rejoins Emma Becker : comment se fait-il que ce livre n’ait pas reçu la reconnaissance suprême qu’il méritait ?

Dès les premières pages, Philippe Forest nous avise : « La vraie vie est douce aux ogres plus qu’aux enfants ». L’hôpital est un royaume étrange, peuplé de créatures bienveillantes, mais une bête immonde y rôde et confisque la vie des innocents. Elle se nomme injustice.

La petite Pauline vole dans les bras de Peter Pan, avec la promesse d’échapper à son quotidien cruel et de sourire éternellement. Au milieu des garçons perdus, dans la frénésie manichéenne des mangas et jusque dans les manèges abrutissants de Disneyland, la douleur s’oublie, parce que « guérir, ce n’est plus avoir mal ».

Tant de passages m’ont touchée par leur justesse (pages 65, 89, 120, 266, 296, 301), par leur capacité à traduire l’indicible, comme l’emprise du cancer : « On aurait dit que le regard avait basculé vers l’intérieur, qu’il suivait, halluciné, un spectacle dont nous ne pouvions rien savoir ».

Un texte magnifique, éprouvant pour celles et ceux qui ont connu la douleur de leur enfant ou pire, son impensable disparition : « La mort n’efface pas toute la beauté du monde. Elle la rend seulement inutile et la tourne en splendeur vaine ». J’ai pleuré en refermant ce livre, et j’ai compris la démarche de Philippe Forest (p152). Plus qu’un prénom gravé sur le marbre d’une tombe, le souvenir de Pauline revit à chaque lecture.

Appréciation : 🌹🌹🌹

Cairns

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